Chaque jardin cache un entre-monde de couleurs invisible au non-initié. Alchimiste en couleurs naturelles et créatrice de l’atelier Pérégreen, Virginie Lagerbe rend visible ce merveilleux univers grâce aux techniques de la teinture naturelle.

Après l’exposition “le visible à l’invisible mêlé” en 2019 qui mettait à l’honneur les lavis de Victor Hugo, Pérégreen propose une mise en abyme de ce voyage imaginaire : cette saison, c’est Léopoldine qui invite le visiteur à s’attarder au jardin pour y découvrir la beauté cachée des plantes colorantes et leur symbolique dans le langage romantique; 

Découvrez l’âme colorée de ce jardin romantique grâce aux neuf coffret-teinturiers cachés dans le jardin qui rendent l’invisible visible. Initiez-vous avec Pérégreen à la lecture inédite des plantes colorantes qui nous entourent en soulevant le couvercle de chaque coffret.

Le jardin de la Maison Vacquerie : un “microcosme”

La maison Vacquerie conserve aujourd’hui le souvenir des séjours et échanges qui lièrent les deux familles Hugo et Vacquerie unies par le mariage puis la noyade tragique du couple Léopoldine Hugo – Charles Vacquerie en septembre 1843. Cette maison bourgeoise située côté cour en plein coeur de Villequier offre côté jardin, un cadre romantique plongeant sur la Seine.
Au XIXe siècle, la nature, les jardins deviennent une quête d’Eden : pour Charles Isidore Vacquerie, le beau-père de Léopoldine qui fait construire la maison de Villequier, son j

ardin en surplomb de la Seine est un « microcosme » : des arbres, des arbustes, des vivaces, des bulbes, des circulations, une source, de petits espaces de ressourcement, des oiseaux, une saisonnalité, un prolongement de la maison protectrice… Un “monde dans le monde”, auquel Léopoldine ne put être insensible puisqu’elle aimait ce lieu de villégiature où elle connut ses premiers émois et qu’elle choisit pour vivre son jeune amour. D’une superficie d’environ 600 m², ce jardin d’ornement a été remanié dans l’état d’esprit du XIXe siècle. Composé de plusieurs dizaines d’espèces et variétés d’arbres, d’arbustes, de vivaces, de bulbes, d’annuelles, ce jardin est un véritable livre à ciel ouvert du langage des fleurs.

Le pouvoir des plantes et le souvenir évanescent de Léopoldine

Léopoldine est une jeune fille romantique, pétrie des écrits de son père dont elle est la première lectrice. Jeune, douce, candide, gracieuse et tendre, elle ressemble à une belle fleur de printemps qui s’épanouit à la lumière d’une vie mondaine. Elle a un regard attentif et pur sur ce qui l’entoure mais, comme toute plante, elle cache d’autres vertus, un caractère en devenir, qui donne une autre, couleur aux attentes de son père et qu’elle affirme au fil de sa jeunesse.
La nature, indéfectible lien entre Victor Hugo et Léopoldine, incarne à merveille le parallèle que l’on peut jeter entre le monde des hommes et celui des plantes. Attirantes, ou pas, elles sont toujours dotées de pouvoirs quasi surnaturels qui constituent leur caractère intrinsèque : inspirant, nourrissant, dynamisant, soignant, empoisonnant, ressourçant …
Il est surprenant de constater que l’eau est presque toujours le catalyseur de ces pouvoirs naturels, que ce soit en pharmacopée, en cuisine, en peinture ainsi qu’en teinture… Le 4 septembre 1843, lorsque Léopoldine se noie à 19 ans dans la Seine avec son jeune mari, elle devient une Ondine… La vie de Victor Hugo bascule pour toujours dans une autre dimension. Et lorsqu’il souhaite communiquer avec sa fille disparue,

c’est la poésie, la nature et le langage des fleurs qu’il convoque dans le plus fameux des poèmes qu’il lui écrit…. Demain, dès l’aube…

L’invitation au jardin de Léopoldine

Au XIXe siècle, le langage symbolique des plantes est très en vogue en France, c’est un moyen délicat et romantique de communiquer ses sentiments. Venu d’Orient, il a été formalisé dans plusieurs ouvrages. Le langage des fleurs publié par une certaine Charlotte de la
Tour en 1818 est réputé être « le premier et l’initiateur du genre, il submergea l’Europe ». D’autres recueils sur ce thème furent ensuite édités mais tous après 1850. Victor Hugo, poète de la nature, devait connaître cet ouvrage. Charlotte de la Tour y décrit la symbolique liée à la bruyère de façon troublante : « Pour moi, guidée par la mélancolie, je porterai mes pas vers ces lieux écartés que l’humble bruyère, amante de la solitude, dispute aux travaux des hommes : là assise, à l’ombre d’un genêt, je me livrerai à mes sombres pensées ; et bientôt je verrai accourir de toutes parts des êtres malheureux, souffrants, affligés comme moi. » Ce langage de la nature s’est peu à peu perdu ; le réapprendre, le transmettre à nouveau, c’est aborder la nature d’un oeil neuf, tout à la fois poétique et merveilleux.
Imaginons Léopoldine nous prendre par la main pour nous présenter son jardin sous une nouvelle dimension : le langage symbolique de plantes aux pouvoirs colorants. Pour incarner l’âme de ce jardin particulier Pérégreen a retenu le hêtre, le chêne, la bruyère, le mahonia à feuilles de houx, l’arbre à perruques, l’érable, le troène et l’aspérule odorante. Chaque plante explorée est réhaussée dans le livret de visite dédié, d’évocations poétiques glanées au fil de l’oeuvre immense de son père, chantre et poète de la nature.

Neuf coffrets-teinturiers directement implantés au jardin : la peinture écologique utilisée pour couvrir les coffrets est inspirée de la teinte révélée par la bruyère en fleurs sur laine nuancée au fer

En vente à la boutique du musée au tarif de 5 €

Un livret de visite qui présente la démarche de Pérégreen, les plantes colorantes, les fibres naturelles, la teinture végétale, les descriptifs des couleurs obtenues plante par plante, réhaussés d’extraits poétiques de Victor Hugo.
En vente à la boutique du musée au tarif de 5 €