Visitez l’exposition Cosette !

De tous les personnages féminins des romans de Victor Hugo (1802-1885), Cosette est sans doute celui qui a le plus marqué la mémoire collective.
Sa rencontre avec Jean Valjean, qui scelle leur destin commun, est universellement connue et ce n’est pas un hasard si les dessinateurs, caricaturistes et illustrateurs ne se sont jamais lassés de réinterpréter cette histoire.

Cosette, Les Misérables illustré par Olivier Desvaux Exposition temporaire du musée du 10 juillet au 16 novembre 2020

C’est sur cet épisode de la rencontre que s’est penché Olivier Desvaux dans son travail d’illustrateur jeunesse, y apportant la modernité d’une création du XXIe siècle, tout en conservant la dimension presque mythique de ce moment.

Les planches de son ouvrage, édité chez Belin Jeunesse en octobre 2018, font écho aux collections du musée, riches de 150 ans d’illustrations (éditions illustrées des Misérables, adaptations BD, littérature jeunesse ou dessins de presse) qui présentent les différents visages de la fillette.

Façade du musée et jardin rénové. Septembre 2020

L’histoire de Cosette participe à l’universalité de l’oeuvre de Victor Hugo et s’inscrit dans son combat pour le droit des enfants, également évoqué dans cette exposition.
À partir des collections du musée, la question de l’enfance chez Hugo est développée selon trois axes : l’enfant dans le cercle familial, dans son oeuvre, et les enfants des autres dans ses engagements politiques. Elle s’appuie largement sur le travail d’Evelyne Poirel pour l’exposition qu’elle réalisa en 2002, Lorsque l’enfant paraît… Victor Hugo et l’enfance.

Portrait d’Olivier Desvaux

Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 2006 et membre de la Fondation Taylor, Olivier Desvaux est un artiste peintre né le 12 mai 1982 à Rouen.

De l’illustration à la peinture

Olivier Desvaux, auteur des illustrations de la BD jeunesse Cossette, Belin, 2018

Dès son adolescence, Olivier Desvaux a déjà la certitude qu’il fera de la peinture et du dessin son métier. Aimant particulièrement raconter des histoires, il se tourne en premier lieu vers l’illustration, domaine dans lequel il réussit puisqu’il signe son premier contrat avec un éditeur à peine un an après avoir obtenu son diplôme.
Cependant, au cours d’un voyage au Maroc effectué avec un ancien camarade, il décide de laisser plus de place à la peinture. À cette époque, le décorateur Jacques Garcia avait commandé aux deux acolytes plusieurs peintures afin de décorer une suite de la Mamounia à Marrakech.

Peindre la lumière

Le leitmotiv d’Olivier Desvaux, celui qui guide ses choix, est la lumière. L’artiste aime apporter une synthèse de la lumière sur différents sujets tels que la nature, les paysages urbains, les portraits ou encore les thèmes actuels qui témoignent de l’époque contemporaine. Le peintre aime s’isoler avec son sujet afin d’entrer dans une forme d’intimité avec celui-ci et de retranscrire son ressenti avec sincérité. Après avoir exprimé ses premières «impressions » sur la toile, il retourne dans son atelier afin de prendre du recul et de pouvoir composer sa peinture de manière plus personnelle.

Un artiste à suivre

Représenté par plusieurs galeries à Paris, Le Havre, Rouen ou encore à Tokyo, Olivier Desvaux a, depuis ses débuts en peinture, déjà exposé son travail à plusieurs reprises. Son travail a été récompensé du premier prix Paliss’art en 2015 et fait régulièrement l’objet de commandes. En 2018, Olivier Desvaux a été nommé Peintre officiel de la Marine.

LES MISERABLES

« (…), tant qu’il y aura sur terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »
Préface des Misérables, Hauteville House, 1862

Les Misérables, 1862.

Hugo commence le travail de rédaction des Misères le 17 novembre 1845 alors qu’il se retire provisoirement de la vie politique à la suite de la révélation publique d’une liaison extraconjugale. Cette première période de plus de deux ans est interrompue par la Révolution de février 1848, qui voit l’abdication de Louis-Philippe et la proclamation de la Seconde République. À partir de 1851, c’est l’exil, à Bruxelles (1851-1852), à Jersey
(1852-1855) puis à Guernesey ; il publie Napoléon le Petit (1852), Les Châtiments (1853), Les Contemplations (1856) et la première série de la Légende des Siècles (1859). En août 1859, une amnistie générale est décrétée pour les proscrits : les exilés reviennent en France mais pas Victor Hugo qui reprend dans le courant de l’année 1860 la rédaction des Misérables.

En juin 1861, le manuscrit est achevé. De cette date à la première publication, Victor Hugo s’astreint à une longue révision. L’édition originale est publiée à Bruxelles chez Lacroix et Verboeckhoren et à Paris chez Pagnerre. Les 10 volumes, organisés en cinq parties – « Fantine » ; « Cosette » ; « Marius » ; « L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis » et « Jean Valjean » – sont édités entre le début du mois d’avril et le 30 juin 1862.

Copeaux des Misérables, correspondance d’Auguste Vacquerie et de Juliette Drouet relatives à l’édition originale

Ce livre est « une étude (…) qui a l’humanité pour objet » (Carnets, 14 août 1860 dans Préface philosophique, 1908) et dont la portée démocratique répond à la devise omnibus omnia « Tout pour tous » comme Victor Hugo l’écrit en 1864 pour répondre aux critiques littéraires suscitées par Les Misérables :

« Il semble qu’on lise sur le fronton d’un certain art : on n’entre pas. (…). L’heure a sonné d’arborer le tout pour tous ».
William Shakespeare, II, V, 5

Éditions illustrées, gravures de Biron, éditions jeunesse, théâtre

La genèse du projet

Cosette (ou Euphrasie, son nom de naissance) apparaît dans 120 des 365 chapitres de l’ouvrage. Elle est bien l’héroïne des Misérables, sa présence est régulière et durable, car il y a la petite fille et la grande dont le clivage temporel est souligné à la fin de la seconde partie : « plusieurs années s’écoulèrent ainsi ; Cosette grandissait ».
Elle intervient au milieu et en fin de roman avec une acmé dans la seconde partie « Cosette » qui privilégie son enfance.

C’est le moment de la rencontre entre Jean Valjean et Cosette, sur laquelle Olivier Desvaux s’est penché.

Couverture Cosette
Olivier Desvaux, 2018
Peinture à huile sur papier
Coll. particulière

En 2018, il reçoit une proposition de son éditeur, Belin jeunesse : illustrer Cosette dans un album destiné à la jeunesse qui rassemble les passages concernant la fillette dans Les Misérables.
Le choix engagé de son éditeur de publier des extraits du texte original de Victor Hugo, sans aménagement ou réécriture ; sa vie à Villequier (entre 2012 et 2018) ; un cadeau de bienvenue offert par une voisine de la rue Auguste Vacquerie (une édition illustrée des Misérables en 3 volumes) et la « maison Vacquerie » sur le quai, si familière à Olivier Desvaux, « sans doute la plus belle demeure, le plus beau jardin dans lequel j’aime flâner en famille », dans laquelle « j’apprécie de déambuler de temps à autre, d’imaginer la vie de la famille Vacquerie dans ces pièces joliment décorées. Je
me précipite toujours pour aller voir le magnifique portrait d’Adèle Hugo » ; autant de raisons qui n’ont pas fait hésiter l’illustrateur à se lancer dans cette aventure, conforté dans son envie par ce lien personnel avec Villequier.
L’édition illustrée, qui lui fut offerte à son arrivée à Villequier, sera la base de son travail pour cet album jeunesse. Son atelier, tel la passerelle d’un navire, offre un paysage lumineux, une vue imprenable sur le fleuve et la forêt de Brotonne. Rien de tel pour se sentir inspiré.

« C’était une belle aventure, ce travail m’a permis d’avoir une vision différente et plus aboutie de Cosette. J’espère que le lecteur aussi redécouvrira ce personnage si important de la littérature française… » car la jeune Cosette, devenue ce personnage mythique, dénonce la misère mais aussi le scandale du travail des enfants. Exploitée comme servante par les Thénardier, à force de souffrances physiques et morales, elle en devient « laide », « idiote » et « vieillarde ».

Victor Hugo et l’enfance

Les enfants dans les oeuvres

« Il est vrai qu’en art et qu’en poésie l’enfant date de lui et n’a commencé à vivre que
dans ses oeuvres. »
Théodore de Banville, Dans un article sur L’Art d’être grand-père, 1877

Pendant la rédaction de Quatrevingt-Treize, au sujet des enfants du roman, Victor Hugo a listé, sur un morceau de journal, les qualités définissant l’enfant : « un petit enfant, / c’est la vérité, / c’est la douceur, / c’est la justice, / c’est la confiance, / c’est plus que tout / cela : c’est l’innocence. »

« Gavroche et enfants » Dessin de François Flameng, Originaux dessinés pleine page à l’encre et au fusain destinés à illustrer l’édition Hetzel-Quantin, dite définitive, sous forme d’une suite de 10 séries de 10 planches gravées à l’eau forte, vers 1880. Villequier, musée Victor Hugo, inv. 2004.1

Victor Hugo est l’un des premiers écrivains à donner aux enfants le statut de héros dans ses romans. Les enfants, dans cette œuvre multiple, pullulent, ils ont des noms : Gavroche, Navet, Petit-Gervais, Cosette, etc. L’œuvre poétique leur donne aussi une identité mais tend parfois à l’universel. Les héros des romans sont généralement des enfants malheureux, c’est dans la poésie que l’on rencontre les enfants joyeux.

Les enfants des autres

La tendresse de Victor Hugo, qui se manifeste pour ses propres enfants mais aussi pour ses enfants de fiction, va au-delà, car tout enfant l’émeut, le réjouit :
« L’autre jour, c’était charmant Il y avait, sur le seuil d’une masure, un petit (…). Tout à côté il y en avait une autre, une petite fille grande comme Dédé, qui portait dans ses bras un gros garçon (…). Tout cela rit et joue au soleil, et réjouit l’âme du voyageur ».
En voyage. France et Belgique, 1837, p. 127 et 128.

Victor Hugo Par Louis Boulanger Dessin aux trois crayons, 1840 Villequier, musée Victor Hugo, inv. 432 [1961.1.4]
Ou le peine aussi. Il a la volonté d’agir pour faire cesser les injustices et pour améliorer leur sort, les nourrir, les instruire, leur apporter du bonheur. Il pratique l’aumône et l’enseigne à Léopoldine.
« Ma poupée, j’ai donné bien des fois, en pensant à vous, mes petits, des sous à des pauvres enfants qui allaient pieds nus aux bords des routes. »
Victor Hugo, Lettre à Léopoldine, 1834
Correspondances 1815 – 1835, 1896, p. 311.

Lettre de Victor Hugo à son oncle, le Général Louis Hugo Datée du 17 juillet [1837] Villequier, musée Victor Hugo, inv. 2020.1.1. Subvention du FRAM (Etat / Région). « (…) En ce moment j’ai ma petite fille malade depuis vingt jours, la dernière [Adèle]. Nous sommes tristes et inquiets. Cela a débuté par un accès de fièvre cérébrale laquelle s’est transformée en fièvre typhoïde. Nous passons, la pauvre mère et moi, de tristes journées et des nuits plus tristes encore. (…) Le seul beau ciel que nous espérions maintenant, c’est la convalescence de notre enfant. (…) »
À Guernesey, il crée le dîner des enfants pauvres, offre des layettes à chaque naissance et des jouets à Noël. Mais, il a mené aussi un combat politique pour le « droit des enfants » dont il lance l’expression, en 1850, à la Chambre, dans son Discours sur la liberté de l’enseignement : « l’instruction primaire obligatoire, c’est le droit de l’enfant (…) », prolongé en 1869, lors de son discours de clôture du Congrès de la Paix à Lausanne, il « pose la résorption de la pénalité par l’éducation, (…) proclame l’enseignement gratuit et obligatoire (…) le droit de l’enfant, cette responsabilité de
l’homme (…) ».

« Il y a des hommes qui sont faits pour la société des femmes, moi, je suis fait pour la société des enfants. »
Feuilles paginées, II, 1830-1833.
Victor Hugo. OEuvres complètes,
Édition chronologique sous la direction de Jean Massin,
18 vol. 1967-1970, t. IV, p. 976.

L’enfance, au centre des préoccupations de Victor Hugo, est envisagée d’un point de vue affectif, pédagogique, social ou politique. Cette sensibilité à l’enfant se rencontre des premiers poèmes au dernier roman et, tout au long de sa vie comme de son oeuvre, Victor Hugo a témoigné de son amour des enfants et de son souci de les voir devenir plus heureux !
« Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille / Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille / Fait briller tous les yeux, / Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, / Se dérident soudain à voir l’enfant paraître, Innocent et joyeux. »
Victor Hugo, Les feuilles d’automne, XIX, 18 mai 1830.

Le cercle de famille

Victor Hugo apprenant à Jeanne les lois de l’équilibre
Gravure par Frédéric Regamey,
Villequier, musée Victor Hugo, inv. 1842

Théoricien de l’éducation et de l’instruction, militant des droits de l’enfant, Victor Hugo est aussi un père et un grand-père aimant. Cet intérêt de Victor Hugo n’apparaît pas seulement dans L’art d’être grand-père où on le confine parfois : le jeune père, dès les années 1830/1840, met déjà en pratique ses idées sur l’éducation puis sur l’instruction qu’il faut donner à ses propres enfants et plus tard à ses petits-enfants.
« Je veux mon Charlot chéri que tu restes un bon garçon laborieux et un vaillant écolier. À propos, je vous avais donné une version à faire dans une de mes lettres, ni toi, ni Toto, ne me l’avez envoyée. Maintenant voici les vacances presque finies, vous n’avez plus que quelques jours de jeu, je vous fais grâce de la version ».
1er octobre 1840
Massin tome VI/2 p.1191

Caricature au bonnet d’âne
Par Victor Hugo, vers 1830-1835
Dessin, pinceau et lavis d’encre brune sur papier beige
Villequier, musée Victor Hugo, inv. 200.15

Ses enfants sont une source constante d’inspiration et de préoccupation. Victor Hugo en eut quatre : deux filles ; Léopoldine née le 28 août 1824 et Adèle, le 28 juillet 1830. Et deux fils : Charles, né le 2 novembre 1826 et Victor II (François-Victor) le 28 octobre 1828. Puis deux petits-enfants : Georges né le 16 août 1868 et Jeanne le 29 septembre 1869.
« Moi qu’un petit enfant rend tout à fait stupide, / J’en ai deux : Georges et Jeanne ; et je prends l’un pour guide / Et l’autre pour lumière, et j’accours à leur voix. / Vu que Georges a deux ans et que Jeanne a dix mois »
L’Art d’être grand-père, I, VI, (août 1870)