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Les Travailleurs de la mer

Inv.1972.12.104 [1473]

Auguste Vacquerie à sa sœur Marie-Arsène Lefèvre (Vacquerie), [Paris, 21 rue de l’Est]
Dimanche, [28 octobre 1855], Jersey
Manuscrit
Papier blanc, plume et encre noire devenant brune, feuille pliée en deux
13,6 cm ; L. 10,3 cm
Don, Mme Gaveau, 1972

Ma chère sœur, je pense que tu es à Paris dans ce moment. Moi, je suis à Jersey, mais pas pour longtemps. Comme je te l’avais annoncé dans ma dernière lettre, on a expulsé les signataires de la déclaration, 32 proscrits, dont V.H. et ses fils. V.H. quitte l’île mercredi prochain avec Charles et Victor. Je reste avec mad. V.H. et melle Adèle pour quelques jours, nous réglerons quelques petites affaires, nous emballerons tout, et nous attendrons qu’on ait trouvé une maison à Guernesey, car il est inutile que nous allions dépenser de l’argent à l’auberge. Tout cela prendra au plus une huitaine de jours, nous n’avons donc plus longtemps à rester à Jersey. Si on nous laisse à Guernesey, je serai plus près de vous, et je serai bien aise du changement ; si on ne nous y laisse pas, nous irons en Angleterre, peut-être à Londres. Alors, nous ne serions plus qu’à douze heures de Paris. Au fond, cet incident n’a rien qui me contrarie ; au contraire, les journaux anglais ont commencé par être ignobles ; c’est tout simple ; l’Angleterre n’existe plus que par l’armée française qui se bat pour elle ; le gouvernement anglais est le domestique du gouvernement français et fait tout ce qu’on lui commande ; cette expulsion de 32 proscrits, est certainement un des faits les plus énormes et les plus déshonorants que l’Angleterre [sic] ait commis depuis la déportation de Napoléon à Ste Hélène. Ses journaux commencent à s’en apercevoir, et, après avoir approuvé le gouvernement ils s’indignent maintenant. Nous verrons ce que tout cela deviendra. – dès que je saurai le jour juste où nous quitterons Jersey, je t’écrirai. – Comment va maman ? Tout à fait bien, j’espère. Je l’embrasse de toute mon âme, ainsi qu’Ernest et toi.

Ton frère dévoué.
Auguste

Dimanche