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Les Travailleurs de la mer

Inv. 1972.12.142 [1511]

Auguste Vacquerie à Madame Victor Hugo (Foucher) [Hauteville House, Guernesey]
Vendredi [20 avril 1866], [Paris]
Manuscrit
Papier blanc devenu beige, plume et encre noire virant au brun, feuille pliée en deux
21,1 cm ; L. 13,4 cm
Don, Mme Gaveau, 1972
Inv. 1972.12.142 [1511]

Vendredi

Puisque votre mari n’a pas été consulté dans l’affaire du Soleil[1], il doit être d’une belle colère contre Lacroix, et je conviens que cette fois il y a de quoi. La chose fait un effet déplorable après le refus retentissant de votre mari, on ne s’explique pas cette acceptation subite ; Lacroix aurait dû au moins dire et crier qu’il faisait cela de lui-même et sans l’assentiment de l’auteur ; on suppose que le succès n’a pas été ce que nous disions, qu’il a cessé tout à coup ; s’il n’y avait que diminution matérielle, mais il va y avoir diminution morale. Rien n’est moins fait pour être lu feuilleton à feuilleton que les Travailleurs. Ça va mettre en relief les défauts du livre. Ça n’aura pas le quart du succès d’un roman de Ponson du Terrail[2] déjà Millaud[3] lui-même semble avoir senti cela, puisqu’il annonce en même temps que les Travailleurs il donnera un autre roman, comme si les Travailleurs ne suffisaient pas. Au point de vue de Lacroix, qu’est-ce que vont devenir les 9 mille in-8° qu’on tire dans ce moment ? qu’est-ce que deviendra l’édition in-18° à 2 volumes, qui, à mon avis, eût été une affaire excellente ? qu’est-ce que deviendra l’édition populaire ? J’en suis à me demander s’il n’y a pas eu une raison secrète, si on ne lui a pas promis remise de sa prison s’il diminuait le livre. Mon hypothèse la plus bienveillante est qu’il n’a pas le sou et qu’il avait absolument besoin de 35 mille francs tout de suite pour ne pas fermer boutique. — Une autre chose moins importante, mais qui ne fait pas très bon effet non plus, c’est la lettre de votre mari à Wolff[4]. L’avez-vous lue ? et avez-vous lu l’article de ce cuistre ? c’était un article où votre mari était blagué et ses amis insultés. L’article était, d’ailleurs, bête à manger du foin. Votre mari a répondu au dit Wolff une lettre cordiale jusqu’à la tendresse où il l’appelle son ami, où il l’invite à aller à Guernesey, où il l’appelle homme d’élite, où il lui dit que s’il n’entendait personne dire du mal de lui, il le défendrait, […] demandez à Glatigny ce que c’est que ce Wolff. Ce Wolff a publié la lettre, en ajoutant : vous voyez que M. V.H. a plus de bon sens que ses amis, et qu’il ne fait pas cause commune avec eux. Meurice était hier tout décontenancé et tout attristé de cette lettre, laquelle tombait à propos sur un éreintement immonde de Fanfan la Tulipe par le dit Wolff. Moi, j’en ai ri, connaissant votre mari. Il y a des années que je sais que, Meurice, moi, Wolff, etc., nous sommes tous pour lui la même chose, c’est à dire rien du tout. Ce que je m’explique moins, c’est comment cet immense orgueil peut se préoccuper de trois lignes du moindre crédit dans le moindre journal et tremble devant le plus infime courriériste au point de renier publiquement ses amis les plus dévoués. —Guérin était également consterné. Moi, je leur dis : Victor H. n’est pas un homme, un ami, un mari, un père, c’est un arbre à chefs-d’œuvre. Victor tonne-t-il ? Oui. Croire, vous

[lettre inachevée ou dont la fin est manquante

 

[1] Contre l’avis de Victor Hugo, mais avec l’accord de A. Lacroix, le roman est paru simultanément en feuilleton dans Le Soleil à partir du 17 avril 1866.

[2] Ici, Auguste Vacquerie fait référence au succès du cycle de Rocambole, roman-feuilleton initié à partir de 1857 par Pierre Ponson du Terrail (1829-1871) et peut-être plus précisément aux Nouveaux Drames de Paris. La Résurrection de Rocambole, publié dans le quotidien Le Petit Journal du 31 octobre 1865 au 10 juin 1866 en 223 épisodes.

[3] Maurice Polydore Millaud (1813-1871), fondateur du Soleil en 1865.

[4] Albert Wolff (1825-1891), journaliste.